Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Site de debats, d'informations sur l'actualite politique, sociale et culturelle

Publicité

Un nouveau 21 Avril ?

 

L'extrême droite en embuscade

A plus d’un an de la présidentielle de 2007, les médias font comme si l’affiche du deuxième tour était déjà connue, les sondeurs prétendant que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal atteindraient chacun le score des 30 % dès le 1er tour. Quatre ans après le 21 avril 2002, les causes qui ont amené la présence de l’extrême droite au 2nd tour auraient-elles entièrement et miraculeusement disparues ? Après le 29 mai 2005, est-il aussi évident que l’alternative au libéralisme sera incarnée naturellement et mécaniquement par le ou la candidate socialiste ? Autant de questions qui invitent à garder les yeux grands ouverts sur la réalité de la menace politique que continue de représenter l’extrême droite dans notre pays.

 

Une menace sous estimée de manière chronique

Depuis une vingtaine d’années, les progrès de l’extrême droite, pourtant constants, ne cessent de surprendre la classe politique comme les médias, qui font, à chaque échéance, comme si la menace avait disparue, pour la redécouvrir horrifiés au soir des résultats. Et d’expliquer alors que cette résurgence indigne n’est finalement due qu’aux mouvements d’humeur et de bêtise d’un peuple ingouvernable. Déjà en 1997, la victoire de la gauche plurielle semblait effacer le traumatisme des municipales de 1995 (trois villes de plus de 20 000 habitants tombées aux mains du FN). Avant même le 21 avril 2002, de graves semonces auraient pourtant dû alerter la gauche sur ses difficultés à incarner au pouvoir une alternative aux solutions libérales : dès les régionales de 1998, le FN obtient le plus grand nombre d’élus de son histoire (275 conseillers régionaux FN) et aux municipales de 2001, le FN conserve des villes comme Marignane ou Orange avec 60 % des voix, là où il les avait arrachées en 1995 dans des triangulaires avec à peine 35 %. De même, les bons résultats du PS et de la gauche aux régionales et aux européennes de 2004 pourraient faire croire que la page du 21 avril 2002 est tournée. Aux européennes, le score cumulé du FN et de Villiers frôle pourtant les 20 %. Et aux régionales le FN obtient le score de 16,5 % au 1er tour, atteignant près de 20 % dans une dizaine de régions et se maintenant au second tour dans 17 sur 21. Pire, les bons résultats de la gauche sont obtenus avec une abstention record des classes populaires (plus de 45 % chez les ouvriers en 2004, contre 28 % en 2002).

Des sondages trompeurs repris par des médias irresponsables

La gigantesque agitation médiatique actuellement organisée autour du duel Sarkozy/Royal annoncé par les sondages balaye ainsi à nouveau la prudence politique la plus élémentaire. Au détour d’une analyse de ces sondages, on apprend, presqu’incidemment, que près de 40 % des électeurs interrogés refusent de répondre à ce stade et que leur nombre est particulièrement important dans les classes populaires. Qui sont d’ailleurs aussi celles où la candidate socialiste préférée des sondages accuse le plus fort handicap de popularité, selon la dernière étude de CSA. Ces mêmes classes populaires qui ont fait cruellement défaut à Lionel Jospin le 21 avril 2002 ! Même si peu de commentateurs s’y attardent, on constate aussi dans la plupart de ces sondages que Le Pen atteint déjà des scores plus élevés qu’un an avant les précédentes présidentielles, et que cumulé avec le score De Villiers, cela place déjà l’extrême droite à près de 20 % d’intentions de vote. Quand on sait que le vote d’extrême droite est celui que les sondés avouent le moins et que c’est précisément parmi les 40 % de personnes actuellement sans avis que sa marge de progression est la plus forte, il n’y a vraiment pas de quoi se rassurer. D’autant que les mêmes éditorialistes et commentateurs bien pensants ont fait passer le FN du statut de « parti d’extrême droite » à celui de « parti populiste », le qualificatif de populaire étant de plus en plus souvent associé pour eux à l’indignité du discours et du vote d’extrême droite. Une attitude irresponsable qui conduit une partie des médias libéraux à positionner de fait le FN comme seul « parti du peuple ».

Une course de vitesse pour incarner l’alternative au libéralisme

A en croire les médias, la miraculeuse popularité de Ségolène Royal serait la meilleure garantie contre la dispersion des voix de gauche et donc pour faire barrage à l’extrême droite. Mais, dans un pays en état d’urgence sociale et politique, un succès d’audimat ne peut suffire à la gauche pour incarner à nouveau une alternative au libéralisme et relancer ainsi l’implication populaire dans la transformation sociale. Pas plus que l’affiche Hollande/Sarkozy en couverture de Paris Match n’avait convaincu le peuple de gauche de voter Oui à la Constitution européenne, pas plus le duel Sarkozy/Royal ne pourra emporter le 1er tour si l’apparent consensus libéral de la classe dirigeante n’est pas clairement rompu par la gauche. Surtout quand la stratégie du principal candidat de droite est de radicaliser son propre camp autour d’une solution sécuritaire de plus en plus musclée. A l’inverse, l’extrême droite comprend parfaitement depuis plusieurs années que c’est sur le terrain du rejet du libéralisme dominant qu’elle peut déborder la droite et écraser la gauche. Cette stratégie a été parfaitement illustrée par le discours de Le Pen au soir du 21 avril 2002 : « vous les mineurs, les métallos, les ouvrières et les ouvriers de toutes les industries ruinées par l’euromondialisme de Maastricht. Vous, les agriculteurs aux retraites de misère et acculés à la ruine et à la disparition. N’ayez pas peur de rêver, vous les petits, les sans-grades, les exclus ». Et alors que ses options économiques sont en fait radicalement pro-patronales, comme l’a illustré la défense féroce du CPE par Le Pen, le FN continue aujourd’hui de se positionner comme la « droite nationale, populaire et sociale », comme l’illustre sa dernière campagne axée contre le chômage « Le Pen à l’Elysée, du travail pour les Français. »
Dans une situation d’extrême délabrement des institutions et d’explosion violente de la crise sociale, les facteurs qui ont conduit à la montée du FN jusqu’au 21 avril 2002 n’ont fait depuis que se décupler. Et la campagne pour le Oui à la Constitution européenne a illustré tragiquement l’alignement de la droite comme d’une partie de la gauche sur l’Europe libérale, à l’image du « système UMPS » que Le Pen dénonce depuis toujours comme menant la même politique.
Alors que l’échéance de 2007 va remettre sur le tapis l’avenir de la Constitution européenne, l’urgence pour la gauche est donc plus que jamais de se rassembler sur des options et une candidature clairement antilibérales.

 


 

Comment Le Pen construit son hégémonie sur la droite

Pas un jour sans qu’une sortie de Sarkozy contre les racailles, une diatribe de De Villiers contre l’Islam ou un dérapage de tel ou tel député UMP contre les étrangers ne vienne aggraver la lepénisation des esprits. Autour de la formule scélérate « La France, aimez-là ou quittez là », Villiers et Sarkozy se livrent même depuis quelques jours à un triste spectacle en s’accusant mutuellement d’avoir plagié un slogan qui a en fait été inventé par Le Pen lui-même il y a plusieurs années. Les plus naïfs, dont de très sérieux analystes politiques, y voient un signe rassurant qui permettrait à la droite de regagner le terrain perdu face au FN et à Sarkozy voire à Villiers d’être la meilleure parade contre Le Pen. C’est pourtant tout le contraire que cette radicalisation de la droite risque de produire. Car depuis 2002, la surexposition médiatique de Sarkozy à chacune des échéances électorales (avec par exemple la mention « soutenu par Nicolas Sarkozy » sur les bulletins de nombreuses listes UMP aux régionales) n’a nullement empêché la déroute de la droite et l’enracinement du FN. La montée de la xénophobie et des options autoritaires au sein de la droite traditionnelle ne fait que banaliser le discours et le projet du FN et ne peut que convaincre des pans croissants de l’électorat de droite que Le Pen est la véritable alternative. Le Pen lui-même ne s’émeut pas du tout de la récupération de ses slogans et de ses idées, il ne cesse de s’en féliciter. Pour conquérir l’hégémonie politique et électorale sur un groupe, la première condition est d’en conquérir l’hégémonie idéologique et culturelle. C’est ce qu’est en train d’arriver à faire Le Pen en réduisant la droite aux deux options qui le caractérisent : repli national contre les étrangers et durcissement sécuritaire face à la crise sociale. La gauche ferait bien de s’en rendre compte à temps.

l'equipe de Trait d'union.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article