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Tribune de Jean Luc Melenchon :
LE CONTRAT DE TRAVAIL Toute la gauche abroge le CNE. Pas la droite, Bayrou inclus. Toute la gauche prône le retour au CDI comme formule standard du contrat de travail. Toute la droite est pour "le contrat de travail unique" (Sarkozy) "à droits progressifs" (Bayrou) et rompable par "consentement mutuel" (Bayrou, Sarkozy, le Medef). Je pourrais multiplier ce genre d'exemple. A ceux qui me disent que la différence entre droite et gauche n'est plus très claire je leur dis toujours d'aller vérifier ce que chacun propose en ce qui concerne les fondamentaux c'est à dire dans la production et la répartition des richesses. Mitterrand nous a dit une fois à quelques uns: "ne soyez pas gentils garçons, tapez les au portefeuille!" Le vieux savait où commencent les frontières sérieuses avec nos adversaires. Quand on parle du contrat de travail on parle d'un concentré des rapports sociaux de notre temps. Le contrat de travail est le seul contrat qui prévoit un lien de subordination entre contractant. Mais quelle disproportion ! D'un coté l'ordre des choses et de l'autre l'individu singulier. Quelle limite à la toute puissance de l'un? Il n'y en a pas spontanément. PARLEZ DU PROGRAMME J'ai noté combien mes interlocuteurs appréciaient que je leur parle du contenu du programme de Bayrou, sans les mépriser. J'ai les muscles chauds sur cet exercice dans la mesure où je suis chargé de coordonner le groupe "riposte" des sénateurs socialistes qui a produit quatre bulletins d'argumentaires sur le programme de François Bayrou. En ce moment nous sommes aidés par le tambour médiatique à propos des sondages montrant un recul de Bayrou dans les intentions de vote. Les gens sont très impressionnés par ce que les sondages leur disent. Ils construisent leur raisonnement tactique à partir de là. Dès que s'éloigne le spectre d'un deuxième tour où figurerait Bayrou nos affaires s'arrangent considérablement. Il est frappant de voir que le doute dans la mouvance de gauche est venu de cette idée annoncée par les sondeurs selon laquelle François Bayrou pourrait figurer au second tour et que dans ce cas il battrait Sarkozy. C'est l'effet "vote utile" qui se retourne contre nous. En tous cas la force de ce réflexe d'hostilité contre Sarkozy est à elle seule une indication de la violence du rejet qu'il génère. Beaucoup de mes interlocuteurs parlent de Sarkozy comme on parlait de Le Pen il y a peu. L'affaire de l'interpellation du grand père à la porte d'une école et de la garde à vue de la directrice, les lacrymos devant l'école primaire, tout ça déchaîne le dégoût chez beaucoup de personnes de tous bords politiques. Même des sénateurs de droite sont venus m'en parler parce qu'ils voulaient qu'au moins "une personne de l'autre bord" sache qu'il (celui ci ou celle là) n'est pas d'accord avec ce genre de procédés. Je pense que la campagne de gauche doit continuer à démonter pièce par pièce le contenu du programme de Bayrou. Encore faut-il admettre qu'il en a un... J'espère qu'on va arrêter de dire le contraire. Parce que la vérité est suffisante.
J'ai été frappé par le nombre de ceux qui sont venus me parler du vote Bayrou comme "vote utile" anti sarkozy. Je suis toujours aussi étonné de le constater quand cela vient de gens qui se situent eux-mêmes à gauche. Comment un vote de gauche peut-il se résumer à être "contre Sarkozy" au point de trouver utile de voter pour l'UDF ? En cela nous payons les simplifications qui nous ont tenu lieu d'arguments dans un passé récent. Nous sommes contre Sarkozy parce que nous sommes de gauche. Nous commençons donc par être pour quelque chose avant d'être contre une autre ! Même pour faire du racolage électoral, il ne faut pas céder sur le fait de donner un contenu politique au vote de gauche, une valeur positive de progrès pour tous et pas seulement une détestation commune. Un exemple? Un seul. Le contrat de travail.
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Souivenir. Ce jour là, le programme de bayrou c'était l'abolition de la loi interdisant les subventions d'investissement aux établissements confessionnels. ![]()
C'est la loi qui l'établit. Le contrat de travail est seulement la limite mise à la disproportion des forces entre les contractants. Une limite seulement. C'est cela qu'ils veulent abolir. Tous, à droite. Jean Jaurès disait que la République avait fait le sujet roi dans la cité et l'avait laissé serf dans l'usine". Les frontières à la toute puissance - et pour ainsi dire au bon plaisir qu'a réhabilité le CNE - que fixe le contrat de travail sont celles de la République dans le monde d'ancien régime qu'est l'entreprise. Pensez y avant de faire des bêtises avec vos bulletins de vote.
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