Martine Aubry découvre les arcanes de son parti. Après les patrons de fédérations départementales samedi, la première secrétaire du PS a passé sa journée d'hier avec 2 000 secrétaires de section réunis à la Mutualité, à Paris. Fraîchement élue à la tête du PS, Aubry a cherché à mettre ses troupes en ordre de bataille autour de son contre-plan de relance.
Mais c'est aussi la première fois depuis sa désignation que la maire de Lille, qui n'a pas la science de l'appareil que pouvait avoir son prédécesseur François Hollande, passait un grand oral devant la base. L'avis des cadres de base sur les premiers pas de leur nouvelle patronne.
Le fond : « Au moins, ça bosse ... »
Hier, tout le monde est reparti avec dans la poche la fameuse clef USB contenant le contre-plan de relance. Un exercice que Tarik Belkhodja, socialiste de Fréjus (Var), et issu de la motion Delanoë, redoutait : « Faire la synthèse de Hamon à Rocard, c'était compliqué... » L'équilibre entre les mesures en faveur du pouvoir d'achat et de l'investissement est salué. Mais, remarque Hughette Lichtle de la section de Kingersheim (Haut-Rhin), « ça manque un peu d'innovation ». « Augmenter les allocations est nécessaire mais la question salariale et celle d'une meilleure répartition des richesses ne sont pas assez creusées », explique cette fidèle de Ségolène Royal qui, malgré tout, défendra le contre-plan. Au-delà de son contenu, chacun y voit le signe du retour du PS. « Au moins, ça bosse et ça fait un moment qu'on n'avait pas vu cela... » assure Jean-François Thomas, de Verdun (Meuse), et proche d'Hamon.
Le style : « C'est carré »
Bien sûr, la Dame des 35 heures a laissé le souvenir d'une ministre « volontariste ». Mais quid de la première secrétaire ? « Une main de fer dans un gant de velours », estime Pierre Crozetiere, responsable de la petite section de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), issu de la motion Delanoë. Une autre expression revient souvent pour désigner Aubry : « C'est carré ». « Hollande, c'était l'art de l'esquive. Elle, son discours est vraiment charpenté. Et en plus, elle est pugnace », relève Jean-François Thomas. Presque à l'image de son passage, jeudi dernier, sur le plateau de l'émission « A vous de juger ». « C'était très pédagogique. Aubry reste accessible tout en donnant du sens », ajoute Tarik Belkhodja. Venue elle aussi de Fréjus, Elsa Di Meo apprécie sa « discrétion sur sa vie privée ». « On n'est plus dans le people et ça fait du bien... » glisse cette jeune militante, en référence à Royal.
Le point faible : « Trop discrète »
Critiquée pour son absence de visibilité, la maire de Lille se montre plus depuis l'annonce du plan de relance. Néanmoins, les militants restent sur leur faim, comme Dieunor Excellent, cadre en Seine-Saint-Denis et supporter de Royal. « Face à l'omniprésence de Nicolas Sarkozy, Martine doit se montrer davantage et assumer son rôle de chef de l'opposition », dit Dieunor Excellent , pour qui « Royal passe beaucoup mieux ». Autre inconvénient, son absence de connaissance de l'appareil. « Elle ne maîtrise pas bien les équilibres internes, d'où une certaine naïveté », relève ainsi Tarik Belkhodja , pour qui « Hamon n'est pas le pôle central du PS ». « Il faut lui laisser encore du temps... Mais, s'il te plaît, Martine, montre-toi plus », conclut Pierre Crozetiere.